Olivier Cuer - Lieu dit Le Roux – 69430 VERNAY - Tél. 06-85-55-55-57

 Présentation - Interview Pari Fermier 

Portraits de producteur : Olivier Cuer, éleveur de chèvres Angora en Beaujolais


Rencontre avec Olivier Cuer, éleveur de chèvres Angora en Beaujolais, dont la production principale est la fibre Mohair, fibre naturelle de très haute qualité, utilisée seule ou mélangée à d’autres fibres pour la réalisation de vêtements de luxe et lainages divers…

Bonjour Olivier, et avant tout un grand merci d’accorder à Pari Fermier cette petite interview !


J’ai entendu dire que votre parcours était atypique… Parlez-nous de vous !
Ingénieur de formation, j’ai travaillé une dizaine d’année dans l’industrie, principalement à l’étranger (en Chine et au Brésil). En 2009, j’ai décidé de me recentrer sur mon pays d’origine et sur ma région lyonnaise en créant un projet de vie proche de la terre. Je crois aux rencontres, et c’en est une qui m’a orienté vers l’élevage de chèvre Angora : sur un salon lyonnais, mon projet de reconversion et d’installation en tête, j’ai rencontré Georges Volta, ancien éleveur de chèvres Angora qui faisait les Pari Fermier avant moi. Cette rencontre a été comme une révélation ! Georges Volta m’a proposé de reprendre son activité avec trois autres jeunes éleveurs, tant son activité commerciale était développée. Nous nous sommes donc associés en GIE (Groupement d’Intérêt Économique), et ainsi est né le GIE « Rêv’ Mohair » afin de reprendre tous ses salons nationaux dont les PARI FERMIER. J’ai acheté une exploitation agricole à Vernay, près de Lyon, et avec le temps, seuls deux d’entre nous ont continué à avoir une démarche de vente nationale via les salons, : Nathasha Dorobisz et moi-même. Etant plus que deux, le GIE Rev Mohair a disparu mais nous restons toutefois avec Natacha très proches. Nous nous sommes ainsi partagés les salons : j’ai repris tous les Pari Fermiers, sauf celui d’automne à Rambouillet où Natacha est présente.


Pourquoi avoir choisi comme nom à votre exploitation « la Ferme d’Amalthée » ?
J’ai trouvé l’inspiration dans la mythologie grecque : Amalthée était une chèvre qui a cassé sa corde pour l’utiliser comme récipient pour donner son lait pour nourrir le dieu Zeus ! J’ai trouvé l’histoire sympa, et de là m’est venu le nom !

Qu’est-ce qu’une chèvre Angora ?
Si la chèvre Angora est connue dans l’Antiquité à travers le mythe de Jason et la toison d’Or, historiquement c’est un animal originaire de la province d’Angora (l’actuelle « Ankara »), en Turquie. Le terme « angora » vient du mot perse Mukhayyar qui signifie « celle qui est choisie, la plus belle ».
La chèvre Angora a été introduite en France au XVe siècle par Jacques Cuer, (dit communément Jacques Cœur »), au XVe siècle. Grand argentier de Charles V (c’est-à-dire ministre des finances), il souhaitait développer l’élevage de chèvre Angora pour la production de laine de Mohair. Malheureusement, les chèvres Angora ne résistèrent pas à la famine, disparurent de France jusqu’en 1980, quand des pionniers ont réintroduit la chèvre Angora en créant toute la filière Mohair.
Aujourd’hui, on compte en France environ cent éleveurs pour 7000 bêtes, avec une production de 16 tonnes de toisons brutes par an (sachant que chaque année, 800 tonnes de fibres brutes sont importées : c’est l’Afrique du Sud qui est le premier pays producteur de Mohair, avec 60 % de la production mondiale).
En France, la ferme d’Amalthée a une place de choix, puisque, à ma plus grande fierté, je suis l’un des dix plus gros producteurs, avec 300 kg de Mohair par an (pour un cheptel de cent chèvres Angora).


Incroyable ! L’homme qui a introduit la chèvre Angora en France s’appelait Jacques Cuer (dit communément « Jacques Cœur ») !! Vous étiez, en quelque sorte, prédestiné à cette reconversion !!?
Si je suis historiquement et généalogiquement un descendant de Jacques Coeur (Cuer en ancien Français), mon engagement dans la filière Mohair n’est qu’une coïncidence, certes amusante !


Décrivez-nous votre exploitation et une journée à la Ferme d’Amalthée à vos côtés ?
La ferme d’Amalthée s’étend sur 35 ha de domaine agricole, sur lequel nous pratiquant un élevage extensif : ainsi notre cheptel, qui comprend 100 chèvres Angora, 55 chèvres cachemire et 9 chevaux et 3 ânes, bénéficie d’espace pour son bien être. Aucune journée ne se ressemble tant le travail est varié mais il commence et fini toujours par le soins aux animaux. Le travaille change aussi en fonction des saisons
En hiver : c’est notre grosse période commerciale avec tous les salons, les animaux restant en bergerie au chaud. Et la tonte au mois de Février.
Au printemps, c’est la sortie des animaux dans les prés et la naissance des cabris
A l’été, c’est les foins (et oui, il faut bien penser à récolter la nourriture pour l’hiver), la gestion des animaux en pature et les visites à la ferme.A l’automne, c’est la tonte puis la préparation de l’hiver avait petit à petit la rentrée des animaux en bergerie.

Quelles sont les différentes étapes de fabrication du Mohair ?
 

  • La tonte


J’effectue deux tontes par an (en août et en février) sur des animaux âgés au minimum de 6 mois.
On obtient 2 kg par tonte de Mohair brut par adulte soit 4 kg par bête et par an.

  • Le tri du Mohair après la tonte


Ensuite, après la tonte, j’effectue sur l’exploitation le tri du Mohair suivant 4 catégories :

  • Le kid Mohair équivalent au Mohair de chevreaux : 2 premières tontes de l’animal


Le Mohair de Catégorie 2 : Mohair des jeunes adultes de 1 à 2 ans
Le Mohair de Catégorie 3 : Mohair des adultes de 2 à 3 ans
Le Mohair de Catégorie 4 : Mohair des adultes de plus de 3 ans

  • La mise en ruban et le filage


Le brut est ensuite transformé en ruban après avoir été lavé, débarrassé de ses impuretés, cardé et peigné. Le ruban va ensuite être étiré et va subir une torsion pour obtenir un fil.

  • La teinture


Vient ensuite la phase de teinture afin d’obtenir toute la palette de nos couleurs.

  • L’éclatement des fibres (foulonnage et grattage)


Cela ne concerne que les articles tissés. Cette étape est primordiale car elle va permettre par une série de procédés mécaniques de faire ressortir la fibre et de donner au tissage tout son volume, sa douceur et sa légèreté.

  • Le tissage et le tricotage


Selon les produits recherchés, les fils seront tissés (étoles, écharpes, couvertures, plaids) ou tricotés (chaussettes, gants, pulls).

Quels sont les produits que vous proposez sur les marchés Pari Fermier ?
La ferme d’Almathée propose sur les Pari Fermier une gamme de textiles en fibre Mohair très variée, créée et fabriquée par nos soins : des pelotes bien sûr, pour celles et ceux qui veulent créer eux-mêmes leurs vêtements et accessoires, plusieurs modèles de pulls tricotés main, des manteaux en couture, des plaids et des couvertures, des écharpes, des bonnets, des étoles et des carrés, des chaussettes et des gants. Tous nos produits sont labellisés afin de garantir sa plus haute qualité (le meilleur mohair du monde, car la France est le seule pays a avoir réussi à développer toute une filière autour du mohair !).
Même si les produits en Mohair séduisent davantage l’hiver que l’été, c’est une fausse idée que de penser qu’on ne peut pas en porter le reste de l’année ! Effectivement, le Mohair est une fibre vivante sensible aux différences de températures et ce pouvoir dit « adiathermique » (c’est-à-dire impénétrable aux rayonnements thermiques) fait qu’il se gonfle d’air dès qu’il fait froid. Mais, inversement, s’il fait chaud le Mohair, grâce à sa bonne perméabilité à la vapeur d’eau, évacue l’humidité en surface ! Ainsi, pour le printemps, je propose une gamme de produits en Mohair et en Soie, beaucoup plus légers et respirants : un débardeur ne pèse pas plus de 50g !
Rien que cela !


Donnez-nous envie de nous vêtir « Mohair » !!
Le Mohair possède de nombreuses vertus qui font que l’on craque pour lui ! Évidemment, il est très chaud, mais également très doux ! La disposition singulière des écailles fermées de sa fibre font qu’il ne gratte pas ! Ensuite, il prend extrêmement bien la teinture, et les couleurs, même après plusieurs lavages, restent lumineuses et chatoyantes. J’en viens à sa simplicité de nettoyage : en programme « laine », il reste souple et ne bouge pas ! Enfin il est brillant au naturel, et illumine toute personne qui le porte !


Quelles sont les difficultés de votre métier ?
L’activité est très complexe et le processus de transformation très long : d’une part parce qu’elle associe aussi bien de la logique agricole que de les logiques de créativité, de fabrication et enfin de vente d’un produit beaucoup plus cher que les produits concurrents que l’on peut trouver à l’étranger… mais de bien moins bonne qualité. Enfin, la chèvre Angora est un animal fragile au niveau parasitisme, qu’il faut donc surveiller et élever avec une attention particulière.
Un éleveur de chèvre Angora rencontre donc plusieurs problématiques !


Pourquoi participez-vous aux Pari Fermier ? Qu’est ce que cela représente, symbolise pour vous ?
En participant aux Pari Fermier, je ne me situe pas seulement dans la continuité de Georges Volta. Je me sens personnellement plus proche des Pari Fermier, plus orienté vers ces manifestations où tous les producteurs partagent une philosophie et un engagement autour d’un point commun : être fermier.
Par ailleurs, l’image fermière que je souhaite véhiculer est très importante pour moi. Pari Fermier est une association organisée avec dynamisme, très proche du client « final », ce qui est primordial, puisqu’indirectement, c’est le client qui fait notre image.


Un petit mot pour la fin ?
Oui, vous confier un projet qui me tient à cœur : le projet cachemire !
En Juin 2013, j’ai acquis les dernières chèvres Cachemire de France, et je suis aujourd’hui le dernier éleveur dans une logique de production. Je souhaiterai donc faire perdurer cet élevage en relançant la production et en créant avec d’autres éleveurs une véritable filière.
Pour la petite anecdote historique, Napoléon avait souhaité introduire en son temps la chèvre Cachemire, car son épouse était une grande consommatrice de Cachemire qu’elle importait d’Angleterre. L’empereur souhaitait soustraire aux Anglais la suprématie sur cette fibre ! Il n’a en réalité jamais réussi…
Ainsi, j’ai à cœur, aujourd’hui, au XXIe siècle, de réintroduire le cachemire en France. Depuis qu’on se connait avec Georges Volta, il n’a de cesse de me dire qu’il se serait bien lancé dans l’élevage de chèvre Cachemire avec vingt ans de moins… Encore une fois, je crois aux rencontres et aux hasards de la vie… !
En parallèle de ce nouveau projet, nous avons ouvert un gite de 6 couchages labellisés 4 épis Gites de France et enfin lancer notre site internet www.fermedamalthee.fr